Voilà, j'ai envie de protester contre une situation que je, que nous, salariés du Crédit Immobilier de France ressentons comme une injustice.

Ca n'a quasiment pas fait de bruit dans la presse et les médias ou seulement pour annoncer comme une fanfaronnade que l'état "sauve le CIF".

En fait, l'état se porte juste caution, comme par exemple mes parents se portent caution pour mon loyer. Ca ne veut pas dire qu'ils ont quoi que ce soit à payer, juste que si un jour je fais défaut, ce sont eux qui devront solder mon loyer.

Le CIF n'a pas de problème pour payer ce qu'il doit, il ne fait pas défaut mais il lui fallait une caution pour le cas où, par exemple, tous nos clients cesseraient en même temps de rembourser leur crédit (ce qui est assez improbable, nos clients étant bien souvent beaucoup plus rigoureux et réglos dans leurs remboursements que les personnes à revenus plus aisés).
L'Etat s'est donc porté caution ... sous conditions.

Ce qui n'est pas dit c'est que l'une des conditions pour  "sauver le CIF" c'est de cesser toute production et donc de mettre au chômage les 2500 salariés du CIF, les prescripteurs avec lesquels nous travaillons, tous les travailleurs du bâtiments qui travaillent pour les prescripteurs et toutes les personnes en rapport.

Ca veut aussi dire que tous les bas revenus, la plupart des primo accédants et tous ceux qui se font jeter par les banques pour un crédit à l'habitat ne pourront plus devenir propriétaires. En effet, pour les banques, il faut un apport de 20% et une durée maximum de prêt sur 20 ans.

Le CIF n'est pas une banque. C'est un organisme financier vieux de 100 ans (on a fêté les 100 ans l'année dernière) qui ne prends pas de dépôts. Pas besoin de domicilier son compte bancaire au CIF pour y faire un crédit, nous ne sommes pas une banque. Nous avons été créés dans le but de faciliter l'accession sociale à la propriété, nous travaillons et reversons une partie des bénéfices aux HLM.

Nous empruntons de l'argent sur les marchés financiers pour pouvoir le prêter, nous ne spéculons pas. Le taux d'intérêt sur l'argent que l'on emprunte dépend des notes que nous donnent les agences de notation comme Moody's et nous permet de pratiquer des taux concurrentiels pour nos clients.
Nos dirigeants, ceux du CIF, ont été mis en garde en 2008 sur le risque de ce mode de refinancement et il leur a été conseillé de trouver une banque à laquelle s'adosser pour bénéficier d'une source propre d'argent. Ils ont fait la sourde oreille, refusant des propositions qui nous auraient mises à l'abri.

Il y a quelques mois, Moody's a donc appliqué la sanction promise et dégradé notre note, nous bloquant l'accès à l'emprunt sur les marchés.
Dans le même temps, l’ACP (Autorité de contrôle prudentiel) nous impose de ne plus faire de prêts que sur maximum 20 ans avec un minimum de 20% d’apport personnel. Une hérésie dans notre secteur, notre clientèle.

Notre outil de production est bloqué, déjà les commerciaux ne peuvent plus travailler.

Le timing donne l’impression d’une volonté délibérée de nous couler.

Nous avons une fonction sociale et nous en sommes fiers, fiers de travailler pour une entreprise qui permet un petit peu plus de justice sociale, fiers de permettre à des personnes à bas revenus d'être quand même un jour propriétaires et d'avoir quelque chose à transmettre.

A midi j'écoutais France Info. Ils parlaient des manifestations contre le film sur l'islamisme, de la petite fille sortie du coma qui a pu rentrer en Angleterre, du village Belge en ébullition contre les riches émigrants et puis voilà.
Sur l'actualité en France, rien.

Depuis le début, nous attendons que les médias nous aident à nous faire entendre puisque nos dirigeants font les morts, nous prenant pour des imbéciles en ne nous donnant les informations qu'après leur publication dans Médiapart.
Hier, près de 2000 des 2500 salariés du CIF (localisés sur toute la France) ont fait le déplacement à Paris pour y manifester. Combien d'entre vous en ont entendu parler ?

Les quelques articles que l'ont trouve sur le net nous présentent au mieux comme des banquiers (bouh les vilains profiteurs qui s'en mettent plein les poches) qui allons voler l'argent des contribuables du fait de notre faillite et qui au mieux, sommes incapable de gérer l'affaire.

Notre situation n’a rien à voir avec celle de Dexia qu’il a fallu mettre sous perfusion. Le CIF n'a aucunement besoin qu'on lui injecte de l'argent.

Dans le même temps, le nouveau gouvernement déclare vouloir favoriser le logement social. Pourquoi alors aider à dézinguer le principal acteur du marché qui travaille, avec succès,  là-dessus depuis plus de 100 ans ?

Je suis en colère.

En colère contre nos dirigeants (du CIF) qui nous ont amené à ce cul de sac et partent les poches pleines.

En colère contre l'Etat qui semble ne même pas vouloir chercher de solution pour les salariés maintenant que les dirigeants bloquant toute évolution sont partis.
L’Etat semble vouloir se contenter  de récupérer l'encours sain et positif du CIF, sacrifiant nos emplois alors même que nous faisons des propositions pour pérenniser notre activité avec un mode de refinancement moins risqué pour  sauver nos emplois et notre vocation.

Je suis en colère aussi contre les médias qui ne relaient pas notre voix.