Il a 15 ans, j'entends déjà qu'on me dira "15 ans c'est un bel âge". Oui, pour un chat livré à lui même à l'extérieur avec personne pour s'assurer qu'il va bien, qu'il va VRAIMENT bien, pas pour un chatou d'intérieur chez qui on fini par savoir détecter les problèmes urinaires dès leurs prémices ou la moindre perte d'apétit.

 

15 ans c'n'est rien et c'est tant à la fois, toute ma vie d'adulte.

 

C'est grace à lui que j'ai traversé les années sombres sans engloutir toute ma pharmacopée, c'est lui encore qui est à l'origine des plus belles expériences que j'ai vécues et que je vis, les Chats Libres, l'élevage. Il est le premier être vivant à m'avoir témoigné amour et confiance inconditionnellement. Et il se meurt.

 

Je le vois s'étioler sous mes yeux, jour après jour, le poil terni, les yeux lourds, les os saillants, comme un rêve prêt à s'estomper à la sonnerie du réveil, comme un mirage de sable soufflé par le vent qui se lève. Il est là mais déjà il s'efface et l'ombre projetée de sa carcasse amaigrie figure l'abime qu'il va laisser dans mon coeur. Je le regarde, sans voir sa maigreur et sa fourrure hirsute mais incapable de me représenter pourtant le chat magnifique qu'il était il y a quelques mois encore. Je le regarde et mon coeur projette l'image des boites en carton dans lesquelles les pompes funèbres me renvoient mes amis, bientôt il rejoindra Thalie et Darling sur l'étagère et je parlerai à une ombre de plus.

Bientôt il ne viendra plus réclamer sa place dans le creux de mes bras en cercle sur l'oreiller pour le câlin du réveil. Bientôt il ne trouvera plus sa place dans le creux de mes bras en berceau, la tête sur mon épaule pour dormir contre moi. Bientôt il ne réclamera plus au robinet et n'accourera plus dès que je serai dans la cuisine. Bientôt il n'exigera plus mon attention. Trop tôt il me laissera livrée à moi même. Je perds ma béquille, je perds mon régulateur, je perds un bout de mon âme et le pilier fondateur de ma vie d'adulte.

 

Mais ..... ce n'est qu'un chat, n'est-ce pas ?